Le Hamas, depuis la guerre de 2009 contre Israël, connaît des difficultés grandissantes dans la bande de Gaza. Confronté à un embargo sans précédents, son économie est au bord de l’asphyxie. Par ailleurs Paralysé sur le plan politique, sa stratégie d’implantation d’un Islam politique au sein des territoires Palestiniens est à bout de souffle. A l’épreuve de ses propres échecs et contradictions, le Hamas participe largement au délitement de l’autorité palestinienne. Son isolement économique, politique et stratégique le décrédibilisent aux yeux de la population Gazaouite et rend son avenir incertain.
Dès lors, pourquoi le Hamas n’est-il pas parvenu à advenir au rang d’acteur politique à part entière ?
Pour comprendre ce phénomène, il est nécessaire de revenir sur l’émergence progressive et paradoxale du Hamas.
- Le Hamas au cœur de « Gaza la Sulfureuse »
Le 31 décembre 1948, David Ben Gourion décide unilatéralement de mettre fin à la guerre d’indépendance contre les Etats Arabes. Il prend cette décision tandis que les dernières forces Arabes sont repliées dans ce qui est devenu la bande de Gaza. Son état-major s’oppose radicalement à son choix d’épargner les dernières troupes Arabes. Alors que la victoire Israélienne était déjà éclatante, le père fondateur de l’Etat d’Israël voulut éviter ainsi d’infliger une cuisante humiliation à ses adversaires, doctrine militaire chère à Carl Schmidt.
Ainsi naquit la bande de Gaza qui devint très vite un îlot Arabe de contestation en territoire occupé. Passées sous annexion Israélienne en 1967, les colonies s’y multiplient pour former le « Kush Kadif », ensemble de 17 colonies.
En 1987, au lendemain du début de la première Intifida, le Hamas est créé par six frères musulmans avec le soutien des Israéliens[1] et notamment d’Ariel Sharon[2]. Le Hamas apparaît alors comme un contre-pouvoir à l’ascension du nationalisme Arabe et notamment de l’OLP. L’aile militaire du Hamas, les brigades Ezzedine al-Qassam, sont créées en 1989. Durant les années 90, le Hamas du Cheik Yassine[3] s’oppose de plus en plus au Fatah de Yasser Arafat. Le groupuscule Islamiste dénonce la corruption et la Gabegie du Fatah laïc. En 2001, le même Ariel Sharon qualifie Gaza de « bâton merdeux » et entreprend unilatéralement un désengagement, ce, non sans heurts avec les colons juifs, désengagement qui s’achèvera en 2005. En 2006, le Hamas remporte les premières élections législatives en raflant 74 sièges sur 132. Un an après, le mouvement Islamiste prend de force le pouvoir dans la bande de Gaza et ce malgré la formation d’un Gouvernement d’union nationale en vertu des accords de La Mecque du 8 Février 2007. Le 27 décembre 2008 commence la guerre de Gaza entre le Hamas et Tsahal.
C’est à travers cette succincte chronologie que l’on constate le basculement d’un mouvement religieux aux revendications sociales en un acteur politique.
- L’échec de l’islam politique.
Le mouvement des frères Musulmans, à l’origine de la création du Hamas, est apparu en Egypte dans les années 20 donc bien avant la révolution islamique en Iran. Et pourtant, c’est l’instauration du régime des mollahs qui a bien servi de fer de lance à l’extension d’un Islam politique, notamment en territoires Palestiniens.
Néanmoins, le Hamas incarne une dynamique nationale territorialisée. L’objectif d’un tel mouvement est double : islamiser progressivement la société palestinienne et « libérer » le territoire occupé. En ce sens, le Hamas s’oppose au Djihad Salafiste transfrontaliers et à Al-Qaïda qui méprise le Hamas palestinien.
Certaines comparaisons (relatives) peuvent être faites entre le Hamas palestinien et la Hezbollah Libanais. Si ces deux mouvements ont émergé dans un contexte d’extension de l’Islam politique, c’est bien la situation militaire (occupation) et le chaos économique et social qui ont rendu la situation propice à de telles implantations. En effet, les deux mouvements se sont tout d’abord imposés comme des relais sociaux mais aussi comme des « résistants-terroristes ». En aucun cas il ne s’agissait d’unités politiques en tant que tel.


Le désengagement Israélien unilatéral du sud Liban en 2000 ainsi que le désengagement Israélien tout aussi unilatéral de la bande de Gaza en 2005 ont parachevé cette mutation progressive en un acteur politique correspondant aux catégories Aroniennes constitutives d’une unité politique. Ces désengagements ont crédibilisé politiquement l’articulation «résistance terrorisme ».
Cependant, le Hezbollah Libanais a manœuvré pour affermir son repositionnement politique. Le « parti de dieu » a su s’inscrire sur l’échiquier politique libanais en rentrant dans un processus électoral (non sans blocage institutionnel volontaire).
En effet, depuis la récente défaite du Hezbollah aux élections législatives libanaises de mai 2009, le parti Chiite a reconnu sa défaite et s’est ainsi intégré au jeu politique. Ainsi, on ne parle plus d’ennemis militaires ou idéologiques mais d’adversaires politiques. L’affrontement est réglé sur la scène intérieure, il évolue dans un cadre institué et reconnu par tous. En revanche, le Hamas refuse actuellement de signer la feuille de route Egyptienne parce qu’il ne veut pas aborder les prochaines élections en position de faiblesse. Ainsi, le Hamas, en refusant de s’inscrire dans le jeu politique tant que la conjoncture ne lui est pas favorable, sort du cadre politique et se cantonne à son rôle milicien. Le Hamas ne lâchera pas Gaza.
De plus, c’est bien la « résistance » face à Israël qui crédibilisait le Hamas aux yeux de la population Palestinienne. Or, depuis la guerre de 2008-2009 et la cinglante défaite du Hamas dans la bande de Gaza, le parti islamiste n’a plus les moyens de ses ambitions et entretient une sorte de statut quo et par là même une reconnaissance tacite d’Israël qui le délégitime eut égard à son statut de « résistant-térroriste ».
Selon des récentes sources (Jérusalem Post), Aziz Douik, Président du Conseil Législatif palestinien et leader du Hamas en Cisjordanie, aurait déclaré récemment : « le Hamas a accepté le droit d’Israël à exister et pourrait être prêt à rendre caduque sa charte qui appelle à la destruction d’Israël ». En effet, rédigée en 1988 la charte comprend 36 articles faisant force de loi mais sont tombés en désuétude. Ce serait donc un geste d’une valeur symbolique importante mais aussi et surtout, d’une portée politique considérable. En ce sens, que le Hamas s’alignerait sur la position du Fatah de Mahmoud Abbas et laisserait peut-être augurer un rapprochement possible entre les deux partis. Si cette déclaration se confirmait dans les actes, la stratégie d’isolement de la communauté internationale et d’emprisonnement de la part d’Israël aurait porté ses fruits.
Acculé, face à un chômage endémique de 80%, une économie asphyxiée par un embargo, et mis sous pression par une population en rupture, le Hamas pourrait montrer des signes d’ouverture et accepter la création d’un Etat Palestinien sur les frontières de 1967.
Le Hamas, au regard de son isolement et d’un avenir incertain montre quelques signes d’ouverture et pourrait revoir ses alliances régionales.
- Une stratégie d’alliances à redéfinir
A l’épreuve d’un isolement international sans précédent, d’une pression militaire forte mais aussi d’un agacement profond de la population de la bande de Gaza qui vit dans la pénurie permanente, le Hamas n’a pas d’autres choix que de s’ouvrir pour sa propre survie.
Dans la continuité de sa politique étrangère depuis Sadate qui signa les accords de paix avec Israël en 1978, l’Egypte privilégie sa relation avec les Etats-Unis au détriment de la solidarité Arabe en projetant d’édifier un mur sous terrain à sa frontière avec la bande de Gaza. Ce projet ne manquera pas de couper définitivement la bande de Gaza de son dernier point de contact avec le monde extérieur. Hossni Moubarack, apeuré par les tentations islamistes des frères musulmans au sein même de sa société, presse ainsi le Hamas à se rapprocher avec le Fatah, afin de former un gouvernement d’union nationale. Un éventuel gouvernement d’union nationale embarrasserait Israël et les USA qui ne veulent pas voir la formation d’un tel gouvernement conduisant des ministres du Hamas au pouvoir.
Alors que le régime Iranien, principale source financière du Hamas, connaît des turbulences internes, son alliance avec le Hamas n’est plus pérenne et a conduit Khaled Mechaal, chef politique du Hamas, à un voyage le 5 janvier à Ryad pour rencontrer les dirigeants saoudiens et lever des fonds indispensables à la survie du Hamas. L’Arabie saoudite est disposée à une telle aide, mais impose deux conditions : un rapprochement avec le Fatah et la fin de l’alliance avec le régime Iranien, concurrent direct du royaume Wahabite .
Le Hamas, en mal de respectabilité sur la scène régionale et internationale, pourrait être poussé dans les mois à venir à redéfinir sa stratégie et ses alliances régionales.
Cependant, ce probable alignement sur la politique du Fatah (Gouvernement d’union nationale, reconnaissance d’Israël, fin de la charte fondatrice et création d’un Etat Palestinien sur les frontières de 1967) le menace tout autant que son propre isolement. Son statut de « résistant » fondateur de sa légitimité serait remis en cause.
Tout dépendra du rapport de force interne au Hamas, entre les pragmatiques et les radicaux…
Jean-Baptiste BEAUCHARD
[1] À ce sujet voir Charles Enderlin : « le terrible aveuglement. Israël et l’irrésistible ascension de l’islam radical » broché 2009
[2] Ancien Premier Ministre et responsable militaire de Gaza en 1970. Il décida de financer en sous-main les mosquées des frères musulmans entre 1970 et 1980.
[3] Ahmed Yassine est le chef spirituel du Hamas jusqu’à son assassinat en 2004 par les Israéliens. Actuellement le Hamas est dirigé par Khaled Mechaal qui vit en exil à Damas







Cher ami
Je prends plaisir à vous lire peut-être aurait-il fallu souligner combien l’étranglement du Hamas est simultanément celui d’une population prise en otage et soumise à un apartheid des plus dur?
En effet, d’autant plus que cette prise en otage est double: de la part du Hamas qui sacrifie sa population sur l’autel de sa stratégie sans issue et face à Israël qui emprisonne la bande Gaza et rend ainsi impossible toute reconstruction et aide à la population.
Encore un article très interessant !
Ne penses-tu pas qu’une tentative de radicalisation comme une sorte de dernier coup de force est également possible de la part du parti «résistant-térroriste ».?
Le retour à l’un des fondamentaux qu’est la violence et l’abandon de l’expérience politique est également envisageable.
L’histoire a prouvé que meme sans moyen, sans argent et surtout sans arme, la région peut s’enflammer.
Les question qui se posent sont alors :
Le Hamas peut-il encore mobiliser et rassembler sur ces thèmes?
Quel est le niveau de son influence sur le peuple palestinien de la Bande de Gaza ?
Et Israel dans ca… quel role, quelles influences?
Bien à toi
Le plus probable est une alternance de cycles successifs de répression accrue puis de signes d’ouverture. S’agira t-il de simulacre d’ouverture?Il est difficile d’y répondre mais je ne crois pas.
Lorsque un régime est en dangers; il a tendance à se replier à l’image du régime des mollahs actuellement.
Cependant, la situation n’est pas la même. Le Hamas est totalement dépendant d’éléments extérieurs et le mur sous terrain en projet coupera totalement la bande de Gaza de l’extérieur en plus de la fermeture du point de passage à Rafah. Plus aucun approvisionnement en armes, nourriture, matériels sera possible achevant ainsi une économie déjà mauribonde. Le risque serait donc un soulèvement violent de a population Gazaouite. Le Hamas va chercher, je pense, à esquiver cette hypothèse.
Le Hamas n’a donc pas le choix pour survivre que de se rapprocher du Fatah et par la même avancer sur le plan de la “réconciliation nationale”.
Pour répondre à ta question, le Hamas peut encore rassembler notamment sur la haine des Israéliens mais la principale préoccupation des gazaouits est dorénavant leur survie. Le Hamas organise actuellement un resserrement islamique sur la population de la bande de Gaza mais cette dynamique est une substitution à son propre échec politique. L’influence n’est plus la même qu’avant la guerre de 2008-2009. Paradoxalement on constate certains signes d’ouverture.
Israël sera face au mur, si le Hamas reconnaît l’existence de l’Etat d’Israël, ce qui est la moindre des choses, l’Etat hébreu devra négocier mais il n’a aucune envie de voir un Gouvernement d’union nationale avec des ministres étiquetés Hamas. Il est probable que l’actuel Gouvernement trouve un énième subterfuge pour refuser les négociations comme l’exigence de reconnaître la caractère juif de l’Etat d’Israël..
Merci de tes lectures et commentaires.
Jb
Cher ami
Le Hezbollah a effectivement reconnu sa défaite électorale au soir du 7 juin 2009. Il fut le premier à le faire, à tel enseigne que ses media avaient immédiatement cessé leurs émissions spéciales alors que d’autres media, plutôt chrétiens, continuaient à clamer victoire. La probité du Hezbollah fut saluée comme étant une manière d’accepter la règle du jeu de la démocratie.
Quelles furent les conséquences de cet acte? Telle est la vraie question.
Aujourd’hui, il faut avoir le courage de reconnaître que le vote populaire a peu de valeur quand le rapport des forces en présence avantage celui qui bénéficie de la force armée. La majorité démocratiquement élue ne gouverne pas le Liban. Du moins, pour le faire, elle doit passer par les fourches caudines du Hezbollah. C’est ce que ce parti appelle “démocratie consensuelle”. D’une main, il semble accepter la règle du jeu de la démocratie mais de l’autre il agit selon celle de la démocratie consensuelle, celle des groupes.
je suis tout à fait d’accord avec vous. il s’agit en quelque sorte de la défaite du vainqueur. ce constat est d’autant plus inquiétant que les élections démocratiques n’apparaissent plus comme étant le reflet d’une légitimité.
Cependant, en plus d’être politique le problème est surtout juridique et institutionnel, l’article 63 de la Consitution libanaise consacrant ce régime dit consensuel.
Bonsoir de nouveau,
J’aimerais aussi ici rappeler une information qui me semble cruciale : le fait que le Hamas soit complétement noyauté par les services de renseignement israéliens, en particulier le Shin Beth, et ce dès l’origine. Le Hamas est, quelque part, une créature de l’état Hébreu. Ce qui fait d’ailleurs que sa collaboration avec le Hezbollah est très limitée, celui-ci se méfiant intimement des fuites issues du mouvement, quand Israel cherche par tous moyens à se procurer de l’information, surtout depuis la décapitation récente d’un de ses plus importants réseaux, réalisée avec du matériel d’interception français …